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2017 LE CHEMIN DE L'ÉNIGME

LE CHEMIN DE L'ÉNIGME 2017

PROJECTION VIDEO, 13 min

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CO-RÉALISATION AVEC MARIE CLAIRE BLAIS

N'ayant pas vécu l'Expo 67, nous ressentons une sorte de vertige entre ce que l'évènement évoque aujourd'hui et l'absence de vestiges qui en témoignent. Une impression de vide qui nous incite à scruter attentivement le site de l'exposition universelle à la recherche d'indices révélateurs de son passé. À l'image d'une archéologie matérielle inspiré de Walter Benjamin qui recherche dans la matière, les débris et les laissés pour contre, les traces d'une histoire qui émanerait jusqu'à nous.

Pour tenter de cerner l'ampleur de ce décalage, nous nous sommes intéressés aux facteurs d’apparition et d’effacement révélateurs des contradictions du site et de son histoire : la succession de déplacements de matière, d'additions et d'extractions, qui sont à l'origine de la création des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame.

La transformation radicale de la forme de l'île Sainte-Hélène, la dissolution de sa configuration ancienne et son artificialité actuelle, nous est apparue comme l'objet privilégié de notre désir d'en comprendre la portée actuelle. Les mouvements de remblais et de déblais de la matière sont transposés, dans le montage des séquences filmées, par la juxtaposition alternée d'une action performative et son contraire. Un jeu incarné par la confrontation de notre interprétation personnelle comme duo d'artistes. La réciprocité entre la spontanéité du geste de l'un et la transcription du cadrage de l'autre.

" Il ne suffit pas que tout commence, il faut que tout se répète, une fois achevé les cycles des combinaisons possibles" Causes et raisons des îles désertes G. Deleuze

 

Marie-Claire Blais and Pascal Grandmaison

 

The Path of Enigma

 

The lack of material evidence left behind by Expo 67 is staggering. So remarkable, in fact, that we felt impelled to explore the site of the world’s fair in detail, searching for clues that throw light on its past – a kind of material archaeology à la Walter Benjamin, who sought in materiality the remnants and rejects, the traces of an ancient history that might reverberate down to the present.

In an effort to grasp the scope of this particular history, we looked at the origins of the Expo 67 site, at the phenomena of presence and erasure that shaped it, paying particular attention to the many shifts of material that have led to the present morphology of the islands of Sainte-Hélène and Notre-Dame. The radical transformation of the shape of Île Sainte-Hélène, the dissolution of its former configuration and its current vacuity seemed to us revealing in relation to the ideals propagated during Expo 67. It was on the contradictory pathways that are still being reflected in our perception of progress that we focused our attention.

The emergence of Île Sainte-Hélène from the waters of the St. Lawrence River was the result of the gradual accumulation of calcareous material, sediment transported over the ages by the river’s flow. This geological history would be dramatically altered when the site was chosen as the receptacle for the futuristic visions of the year 1967.

The process of enlarging the island began with the construction of a dam at the outer edge of the zone where ice habitually formed, built up along the shore by the current. This rocky dyke encircling the island’s natural shoreline, which obliterated its original connection to the river almost completely, is an important relic of the foundation of Expo 67: a ring surrounding the utopias of the day. It is composed of the material remains of two small islands (Île Ronde and Île aux Fraises), which were joined to the dyke with earth excavated during the construction of Montreal’s metro and the St. Lawrence Seaway.

Between the seaway and the original shoreline hidden by the new earthwork is this event-related platform, given over to parking lots and temporary uses, or left vacant. A modern optimization of space and humanization of nature on whose banks accumulates the detritus of our civilization: chunks of concrete, sidewalk fragments, parking pay stations, stone blocks.

This artificialization of the island reveals conceptually the mechanism of modernity: the obliteration of the past and its rearrangement in a controlled gesture of appearance. A temporal sequence of interwoven voids and masses that we have transposed by the invocation of a succession of displacements of material, of additions and extractions.

Facing the river, on the front line, a woman paces the bank. She scans, searches, digs, piles, echoing the movements of filling and excavation that preceded Expo 67. A performative action and its opposite, translated by the editing of the filmed scenes. An energetic camera follows the figure closely, tracking her movements and the stone constructions she attempts to create. It shows us the figure in motion and, in a more abstract and pictorial manner, the product of her actions.

The reciprocity of the dialogue between spontaneity and gesture and the nervosity of the framing create a feeling of urgency. The quest for an answer on a precarious foundation.

“It is not enough that everything begin, everything must begin again once the cycle of possible combinations has come to completion.”[i]

 

[i] Gilles Deleuze, Desert Islands and Other Texts, 1953-1974, ed. David Lapoujade, trans. Michael Taormina (Los Angeles: Semiotext(e), 2004), 13.

 

Pascal Grandmaison et Marie-Claire Blais

 

Le chemin de l’énigme

 

Un vertige nous habite devant l’absence de témoins matériels d’Expo 67. Une impression qui nous incite à scruter attentivement le site de l’exposition universelle à la recherche d’indices révélateurs de son passé — à l’image d’une archéologie matérielle inspirée de Walter Benjamin, qui recherche dans la matière les débris et les laissés-pour-compte, les traces d’une histoire ancienne qui émanerait jusqu’à nous.

 

Pour tenter d’en cerner l’ampleur, nous nous sommes intéressés à la genèse du site d’Expo 67, aux phénomènes d’apparition et d’effacement qui l’ont façonné, nous concentrant sur les nombreux déplacements de matières qui expliquent la morphologie actuelle des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. La transformation radicale de la forme de l’île Sainte-Hélène, la dissolution de sa configuration ancienne et sa vacuité actuelle, nous sont apparues comme étant révélatrices des idéaux véhiculés lors d’Expo 67. Ces voies contradictoires qui font toujours écho à notre perception du progrès, nous y avons plongé notre regard.

 

L’apparition de l’île Sainte-Hélène à la surface du fleuve Saint-Laurent procède d’une lente accumulation de matières calcaires. Des sédiments transportés par les courants du fleuve au fil du temps. Une histoire géologique qui subit une altération dramatique lors de sa consécration comme site réceptacle des visions futuristes de l’an 1967.

 

L’agrandissement de l’île débuta par la construction d’une digue sur la limite externe des anciennes formations de glaces, accumulées sur la berge par les lignes du courant. Cet endiguement rocheux qui enserre l’ancien rivage de l’île, le détachant en majeure partie de son lien d’origine avec le fleuve, est une trace importante de la fondation d’Expo 67 : la ceinture des utopies d’alors. Se retrouvent dans cet enrochement les restes matériels de deux petites îles (Ronde et aux Fraises) qui ont été creusées pour être intégrées à cette barrière maritime en plus du roc extrait lors de la construction du métro de Montréal et de la création du chenal de la voie maritime du Saint-Laurent.

 

Entre elle et l’ancienne rive naturelle dissimulée par les aménagements se trouve cette plateforme événementielle, faite de stationnements, d’usages vacants et éphémères. Une optimisation moderne de l’espace et une nature humanisée où s’accumulent, sur la rive, des déchets de notre civilisation, des débris de béton, des morceaux de trottoirs, des bornes de stationnement et des pierres taillées, entre autres.

 

Cette artificialisation de l’île révèle conceptuellement la mécanique de la modernité : l’effacement du passé et son remaniement dans un geste d’apparition contrôlé. Une séquence temporelle d’enchevêtrements de pleins et de vides que nous avons transposés par le jeu d’une succession de déplacements de matières : d’additions et d’extractions.

 

Face au fleuve, sur cette ligne de front, un personnage arpente la rive. Elle fouille, cherche, creuse, empile, mime les mouvements de remblais et de déblais de la matière d’Expo 67. Une action performative et son contraire, transposée dans le montage des séquences filmées. Une caméra vive le suit de près, retrace ses mouvements, les constructions de pierres qu’elle tente de créer. Elle nous montre le personnage en mouvement et, de façon plus abstraite et picturale, le produit de ses actions.

 

La réciprocité du dialogue entre la spontanéité du geste et la nervosité du cadrage crée un sentiment d’urgence. La quête d’une réponse sur une fondation instable.

Il ne suffit pas que tout commence, il faut que tout se répète, une fois achevé les cycles des combinaisons possibles" [i]

 

 

[i] Gilles Deleuze, ‘Causes et raisons des îles désertes’ dans L’île déserte et autres textes (1953-1974), sous la direction de David Lapoujade, Paris, Éditions de Minuit, 2002, XX