2010 SOLEIL DIFFÉRÉ
SOLEIL DIFFÉRÉ 2010
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Soleil différé nous plonge dans l’univers fantômatique des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame, sites de l’Exposition uni- verselle à Montréal en 1967. +
Soleil différé thrusts us into the ghostly world of the Canadian islands of Sainte Hélène and Notre-Dame, sites of the Univer-
sal Exposition hosted by Montreal in 1967. +
Collection: Musée des beaux arts du Canada - Collection hydro-Québec
ARTICLES
LE DEVOIR - CV PHOTO - SUNDAY HERALD - CANADIAN ART TORONTO - CANADIAN ART MONTREAL
Soleil différé nous plonge dans l’univers fantômatique des îles canadiennes
Sainte-Hélène et Notre-Dame, sites de l’Exposition universelle
à Montréal en 1967. Les expositions universelles, témoins
du progrès technologique de leur temps, sont des événements
importants pour le pays qui accueille ces réalisations ambitieuses
et démesurées, au même titre que le sont les Jeux olympiques,
par exemple. En perspective de l’événement, ces îles avaient été
considérablement agrandies, voire créées de toute pièce avec les
gravats récupérés des excavations du métro de Montréal, en construction
au même moment. Le site symbolisait tous les espoirs
utopiques d’une époque où artificialité rimait avec progrès, avenir
et suprématie humaine. L’exposition connut un énorme succès.
Porté par cet élan, le maire de l’époque, Jean Drapeau, décida de
préserver le site sous le nom de Terre des Hommes, en souvenir
du titre de l’Expo 67. En 1981, le parc fermait définitivement faute
de succès.
Né en 1975, Pascal Grandmaison n’a jamais connu la grande
époque de cette Terre des Hommes ; il a plutôt été le témoin de
son déclin. Aujourd’hui, le lieu, qui porte encore les stigmes de
son passé, fait fonction de parc récréatif. On y retrouve une Terre
des Hommes délaissée, aux allures étranges, avec une nature
sauvage qui est peu à peu en train de reprendre ses droits sur la
nature artificielle.
Soleil différé s’intéresse à ce destin déchu et porte un regard sur
cet environnement désormais hybride, devenu une « ruine sublime
» des temps modernes. Empreintes d’une certaine mélancholie,
les images de Pascal Grandmaison ne portent aucun jugement
mais documentent de façon neutre ce paysage au passé tragique,
où le progrès de l’humanité et les grandes idées d’une époque ont
échoué sur une artificialité qui tente désormais de se camoufler
sous un semblant naturel.
Soleil différé thrusts us into the ghostly world of the Canadian
islands of Sainte Hélène and Notre-Dame, sites of the Universal
Exposition hosted by Montreal in 1967. Being an ambitious,
extravagant showcase for technological advances of the day, a
universal exposition always represents a major event for the host
country, on the same scale as the Olympic Games, for example.
In anticipation of this event, Sainte-Hélène and Notre-Dame were
considerably enlarged, indeed created from scratch with the
rubble from excavations for the Montreal metro system, then under
construction. The site symbolized the utopian aspirations of a
period when “man-made” rhymed with “progress,” with the future,
with human supremacy. Expo 67 was a huge success, and on the
crest of this wave the mayor of the day, Jean Drapeau, decided to
keep the site open under the name of Man and his world, recalling
the title of Expo 67. The theme park closed for good in 1981,
however, due to lack of business.
Born in 1975, Grandmaison never experienced the heyday of Man
and his world; rather, he witnessed its decline. Today the site still
bears the stigma of its past and functions as a recreational park. It
includes strange-looking, neglected features of Man and his world
along with natural overgrowth that is steadily superseding manmade
nature.
Soleil différé explores this decline, gazing upon a henceforth
hybrid setting that has become a “sublime ruin” of modern times.
Imbued with a certain melancholy, Grandmaison’s images make
no judgment – they document, in neutral fashion, a landscape
with a tragic past in which human progress and the grand ideas of
an era were shipwrecked on a man-made artifice that henceforth
seeks to camouflage itself under a semblance of naturalness.
Les expositions universelles, témoins du progrès technologique de leur temps, sont des événements importants pour le pays qui accueille ces réalisations ambitieuses et démesurées, au même titre que le sont les Jeux olympiques, par exemple. En perspective de l’événement, ces îles avaient été considérablement agrandies, voire créées de toute pièce avec les gravats récupérés des excavations du métro de Montréal, en construction au même moment. Le site symbolisait tous les espoirs utopiques d’une époque où artificialité rimait avec progrès, avenir et suprématie humaine. L’exposition connut un énorme succès. Porté par cet élan, le maire de l’époque, Jean Drapeau, décida de préserver le site sous le nom de Terre des Hommes, en souvenir du titre de l’Expo 67. En 1981, le parc fermait définitivement faute de succès. Aujourd’hui, le lieu, qui porte encore les stigmes de son passé, fait fonction de parc récréatif. On y retrouve une Terre des Hommes délaissée, aux allures étranges, avec une nature sauvage qui est peu à peu en train de reprendre ses droits sur la nature artificielle. Soleil différé s’intéresse à ce destin déchu et porte un regard sur cet environnement désormais hybride, devenu une « ruine sublime » des temps modernes. Empreintes d’une certaine mélancholie, les images ne portent aucun jugement mais documentent de façon neutre ce paysage au passé tragique, où le progrès de l’humanité et les grandes idées d’une époque ont échoué sur une artificialité qui tente désormais de se camoufler sous un semblant naturel.
Being an ambitious, extravagant showcase for technological advances of the day, a universal exposition always represents a major event for the host country, on the same scale as the Olympic Games, for example. In anticipation of this event, Sainte-Hélène and Notre-Dame were considerably enlarged, indeed created from scratch with the rubble from excavations for the Montreal metro system, then un- der construction. The site symbolized the utopian aspirations of a period when “man-made” rhymed with “progress,” with the future, with human supremacy. Expo 67 was a huge success, and on the crest of this wave the mayor of the day, Jean Drapeau, decided to keep the site open under the name of Man and his world, recall- ing the title of Expo 67. The theme park closed for good in 1981, however, due to lack of business. Today the site still bears the stigma of its past and functions as a recreational park. It includes strange-looking, neglected features of Man and his world along with natural overgrowth that is steadily superseding man- made nature.
Texte Kevin Muhlen :Guide exposition Casino Luxembourg Forum D'art Contemporain, 2011